Avec la nouvelle année vient le temps des bonnes résolutions et de la recherche d'autres horizons. J'en profite donc pour mettre à jour notre petit blog en sortant du tiroir l'article de notre dernier trek au Zanskar que je n'ai, jusqu'alors, pas trouvé le temps de mettre en ligne. Récit de l'itinéraire de loin le plus sauvage que nous ayons parcouru...(en attendant le Pamir ?) Première partie...
Vendredi 25 juillet, nous prenons une fois de plus le bus Leh-Manali. Ce dernier doit nous déposer au lieu dit de "Brandy Nalla", environ une heure avant Sarchu. Nous avons finalement décidé d'effectuer notre trek en sens inverse et cela pour deux raisons. Tout d'abord, pour une question de logistique ,car nous avons dû laisser du matériel à Leh, mais avant tout pour une raison stratégique. En effet, l'itinéraire initial impliquait la traversée à gué de la Zara Chu deux jours avant le terme du trek. Sachant, d'après les informations recueillies à Leh, que cette rivière s'avère depuis quelques années régulièrement infranchissable, cela nous aurait obligés à un détour rallongeant dans le meilleur des cas notre parcours de 4 jours.
Vers 15 heures, nous voilà donc à Brandy Nalla. En contrebas de la route se trouve un vieux bâtiment désaffecté de l'armée et deux vieilles tentes où résident une dizaine d'individus chargés de l'entretien des deux ponts (Brandy Nalla et Whiskey Bridge). Ces derniers nous invitent à passer la nuit avec eux mais le site est sale et plutôt glauque. Nous déclinons donc l'invitation et préférons remonter la Tsarap à la recherche d'un emplacement plus adéquat pour poser notre tente. Après avoir longé la route pendant plus d'une heure, et alors que nous quittons celle-ci, nous apercevons ce qui semble être un camp. Après une demi-heure de marche, nous atteignons ce dernier et réalisons qu'il s'agit, en fait, d'un camp d'une garnison de l'armée indienne. Nous demandons aux militaires si nous pouvons nous installer près d'eux et ces derniers acceptent avec plaisir. A peine avons-nous fini de monter notre abri qu'ils viennent nous inviter à partager leur repas. Nous apprenons ainsi qu'il s'agit d'une mission chargée d'effectuer des relevés géologiques. Nous passons avec eux une agrébale soirée agrémentée de moments vraiment drôles comme celui où le jeune préposé à la radio, désespéré de hurler "Charly Seven, Charly Seven" sans réponse de la part de la base de Sarchu, tandis que son repas refroidit, nous demande de lui donner toutes les combinaisons qui nous passent par la tête. Nous en sommes à quelque chose comme "Charly papa tango Delta Seven", dans l'hilarité générale, lorsque nous voyons quelqu'un sortir d'une petite tente plantée à l'écart et se diriger vers la radio. Les rires cessent instantanément et nous comprenons bien vite qu'il s'agit de l'officier en chef. Quelques instants plus tard, le sous-off nous souffle à voix basse "You can go to bed now..." et nous regagnons notre tente. Ah...l'armée...
Le lendemain matin, nous longeons la Tsarap en effectuant une succession de "up and down" et atteignons Tsok Mesik vers midi. Nous déjeunons à l'ombre des saules et, bien qu'il s'agisse du terme de l'étape, nous décidons de poursuivre notre route car nous avons pris un peu d'avance la veille. Nous nous fixons donc comme objectif le lieu-dit de Lahaul situé à environ deux heures de marche. Alors que l'itinéraire indiqué sur la carte semble suivre la rivière, après une heure trente de marche à traverser un plateau, le chemin se divise en deux, le plus marqué s'élève vers un col alors que l'autre continue effectivement à suivre la Tsarap. Le chemin a apparemment changé et le nouveau emprunte le col puis probablement une succession de crêtes. Toutefois, nos réserves d'eau ne nous permettent pas de nous engager sur cette voie et nous décidons de suivre l'itinéraire original, quitte à rebrousser chemin si nécessaire. Ce dernier, peu marqué, passe à flanc d'un pierrier et semble avoir été en partie emprunté par la Tsarap. Quarante-cinq minutes plus tard, ce dernier s'élève au-dessus de barres rocheuses sous lesquelles se trouvent de petites plages. L'emplacement offre des aires ombragées à l'abri d'une montée éventuelle du niveau de l'eau et nous décidons donc de camper là. A quelques pas, nous découvrons une source et, comble du luxe, une provision de branches de saules que la rivière a charriées qui nous permettra de faire un bon feu. La seule inquiétude vient des barres rocheuses qui nous dominent et des éventuelles chutes de pierres. Cette crainte s'avèrera d'ailleurs fondée car nous sommes réveillés au milieu de la nuit par le bruit d'un petit éboulement probablement provoqué par quelque bharal mais qui se produira à distance respectable de la tente.
Le lendemain, nous montons au-dessus des barres rocheuses en question, puis effectuons une longue traversée à flanc qui, bien qu'aérienne, reste assez évidente à suivre. Après deux heures de marche, le chemin redescend vers la Tsarap et nous avons droit à notre première surprise de la journée : il nous faut nous déchausser et passer dans l'eau sous un surplomb car le chemin a été emporté. Nous effectuons ensuite une petite ascension de 200m et atteignons l'intersection avec une vallée s'ouvrant au nord. Là, le chemin part en traversée environ 150m au-dessus de la Tsarap puis semble s'interrompre brutalement. Je demande à Sandrine de m'attendre et pars en reconnaissance. Après une vingtaine de minutes de marche sur un sentier très aérien, et parfois peu marqué, je découvre qu'une partie de la face a été emportée, nous interdisant de poursuivre dans cette voie. Ayant rejoint Sandrine, nous étudions la carte et deux solutions s'offrent à nous : rebrousser chemin et perdre une journée ou tenter le passage d'un col hors sentier dont les courbes de niveau semblent indiquer qu'il permet de rejoindre sans trop de difficultés les crêtes qui mènent ensuite à Satok. Après avoir déjeuné, nous attaquons la montée du col et, à notre grande surprise, découvrons des traces indiquant que cet intinéraire est emprunté par des locaux. Après 650m d'ascension, nous atteignons notre objectif mais ne parvenons pas à trouver le chemin des crêtes. En revanche, des traces descendent dans le lit du torrent ,nous incitant à les suivre. La première moitié s'effectue aisément, mais les choses se corsent par la suite. En effet, le lit du torrent se creuse et, bien que ce dernier soit à sec, les branches de saule qu'il a charriées rendent la progression impossible. Il nous faut donc passer à flanc, tantôt rive droite, tantôt rive gauche, ce qui prend un temps fou. Nous arrivons au hameau de Satok à la tombée de la nuit, exténués. C'est la déception. Alors que nous espérions une oasis de verdure, les cultures en terrasse ne sont que rocaille et Satok est un village fantôme. Nous plantons la tente et, après un rapide repas, ne faisons pas de vieux os.
Le troisième jour, nous montons sur un plateau qui surplombe la Tsarap et que nous empruntons pour atteindre, deux heures plus tard, "Mune Le" : hameau lui aussi désert où se trouve une belle cascade, Nous effectuons ensuite une succession de "up and down" au-dessus de la Tsarap et atteignons vers 12h la confluence avec la fameuse "Zara Chu". Le site est superbe, les eaux turquoise de cette dernière contrastant avec celles, limoneuses, de la Tsarap. A notre grand soulagement, nous n'avons de l'eau qu'au niveau des genoux et traversons sans difficultés après avoir pris notre déjeuner. Nous atteignons Hormoch vers 15h30 en suivant les cours de la Tsarap et constatons une fois de plus que le village est abandonné. Voilà trois jours que nous n'avons vu personne et cela commence à nous angoisser car nous réalisons que toute la vallée a probablement été désertée du fait du manque d'eau. Les torrents étant à sec, les cultures en terrasse ne peuvent être irriguées. Le plus inquiétant est que nous devons effectuer l'ascension du camp de base du Gotunta La le lendemain, grosse difficulté de cette première partie de trek, et que nous ne savons pas s'il y a possibilité de se ravitailler en eau. Nous ne voyons d'autre solution que de prendre 4 litres chacun et de nous rationner.
Le lendemain, nous effectuons sous un soleil de plomb les 1000m de dénivelés nous menant en milieu d'après-midi à une petite mare. Cette dernière se trouve 150m sous le col et nous décidons de nous y arrêter pour la nuit. Par bonheur, nous découvrons qu'elle est alimentée par une petite source située en bordure, ce qui permet de cuisiner et de nous laver.
Le lendemain, nous atteignons le Gotunta La (5100m) en une heure et une vue magnifique se dégage sur les sommets environnants, mais nous réalisons également le manque cruel de neige et l'absence de glaciers à l'origine de la pénurie d'eau. Après avoir franchi une succession de crêtes, nous passons le Nialo Kontze La (4850m), 2ème col de la journée. Nous y déjeunons et effectuons la descente vers la rivière Nialo Kontze qui est complètement à sec. Arrivés à l'intersection avec l'itinéraire de Phuktal, nous hésitons à emprunter ce dernier car voilà maintenant 5 jours que nous n'avons vu âme qui vive et nous savons que la prochain village est encore à un jour et demi de marche. Il s'agit de Phuktal, l'un des principaux monastères de la région. Nous décidons donc de monter sur un plateau voisin d'où nous pouvons apercevoir Tantak, terme de cette étape, afin de prendre une décision. Nous découvrons un petit hameau constitué de 4 habitations et juché sur un piton rocheux, qui semble désert. Alors que nous nous apprêtons à rebrousser chemin, il me semble apercevoir deux points noirs suspects sur le chemin montant au village. Je sors mes jumelles et crois distinguer deux personnes en train de discuter mais nous sommes à une trop grande distance pour en être certains. Nous décidons donc de patienter un peu, et lorsque nous voyons les deux formes se déplacer, c'est la fête ! Après cinq jours, enfin un peu de vie ! et surtout...peut-être un bon repas !! Nous effectuons l'heure qui nous reste au pas de course et sommes accueillis par une vieille Zanskarie toute surprise de nous voir là : cette dernière nous invite à boire le thé. Elle se nomme Dolma et nous apprend que les deux autres habitations sont occupées par une amie et son père. Nous lui demandons où nous pouvons planter la tente mais celle-ci nous entraîne dans la pièce voisine où elle entrepose des récipients contenant du lait de chèvre à différents stades de fermentation. Elle débarrasse alors une partie de la pièce, installe des couvertures au sol et nous indique nos lits. Elle a l'air tellement contente que nous n'osons refuser et lui faire remarquer que nous avons peur de mourir asphyxiés. Puis elle entreprend de nous faire goûter au contenu de chacun des récipients. Nous arrivons à limiter cette expérience culinaire hors du commun au 1er récipient en prétextant que nous venons de manger puis nous allons nous laver. Lorsque nous regagnons notre chambre, Dolma revient et embarque Sandrine pour ramasser des légumes dans son petit potager en lui iexplquant qu'elle est très handicapée par l'arthrose. Ce n'est qu'alors que nous déballons nos affaires que nous prenons conscience de la chance que nous avons. Notre chambre possède une grande baie vitrée en plexiglas (qui est arrivée là par on ne sait quel miracle !) et nous restons bouche bée devant le coucher de soleil sur la Nialo Kontze et la formidable vue panoramique qu'offre notre position. Notre hôtesse vient ensuite nous chercher pour le dîner et nous partageons un kyu (soupe de pâtes avec légumes et pommes de terre) que nous savourons jusqu'à ce que cette dernière nous propose d'émietter de petits piments rouges pour relever le goût. Inquiet, je lui demande si ce n'est pas trop fort, bien que je n'y sois pas tellement sensible, et suis rassuré en la voyant engloutir sa ration sans sourciller. Je l'imite donc, et dès la première cuillère, j'ai l'impression que ma trachée est réduite en cendres. Il me sera impossible d'avaler une cuillère supplémentaire et, alors que je passerai les 10 minutes suivantes à pleurer toutes les larmes de mon corps, je regarderai, dépité, mon repas finir chez les chèvres sous les rires de la voisine qui n'a rien manqué de la scène. Heureusement, Sandrine qui n'a pas un gros appétit, me fera profiter des restes de son assiette ! Nous partons ensuite nous coucher et nous endormons en rêvant depuis notre observatoire de choix, ce dernier offrant une vue fantastique sur les sommets environnants sous un magnifique ciel étoilé. Une bien belle soirée...
Le lendemain matin, nous prenons un chya puis demandons à Dolma combien nous lui devons pour tous ses bienfaits, mais elle refuse tout paiement malgré notre insistance. En revanche, elle a repéré mes jumelles (un gadget sans grande valeur...) et, après les avoir testées, me fait remarquer qu'elles lui seraient bien utiles pour surveiller ses chèvres. Message reçu, je les lui enverrai de Leh à la fin de notre séjour. Nous quittons Tantak en suivant la Nialo Kontze vers l'ouest pendant 30 minutes puis remontons au Nord en suivant la Niri Chu pour atteindre le magnifique village de Shade. Là, nous sommes invités à prendre le thé par une famille fort sympathique dont le père nous indique que le chemin du Rotang La (5000m) n'est pas celui indiqué sur la carte. La montée est assez agréable et nous atteignons le col vers 12h30. La vue est superbe et nous décidons de nous y arrêter pour déjeuner. Nous effectuons ensuite une descente de 1h30 et atteignons un torrent au pied du Lar La où nous installons le camp.
Le 7ème jour, nous attaquons par les 65O mètres de dénivelés du Lar La (4850m) qui sont vite avalés puis, après une descente de 30 minutes et le passage d'un nouveau petit col, nous rejoignons la Niri Chu que nous passerons le reste de la journée à suivre en effectuant de nombreuses traversées à gué. Vers 15h, alors que nous approchons du hameau de Shade Pullu, nous surprenons trois mules en pleine séance de farniente au bord du torrent. qui détalent en nous voyant arriver. Nous suivons à distance ces dernières qui semblent se diriger également vers Shade Pullu jusqu'à ce qu'elles décident subitement de traverser le torrent à un endroit où le courant semble des plus forts, ce qui me vaut cette grande phrase : "Y'a vraiment pas plus con qu'une mule !". Nous décidons donc de poursuivre sur la même rive et de traverser plus loin. Mais après avoir barboté un moment et nous être retrouvés coincés, nous devons nous résoudre à faire marche arrière et découvrons un cairn sur l'autre rive à l'endroit exact où avaient traversé les mules. Je vous laisse tirer les conclusions qui s'imposent... Après avoir sorti la corde pour traverser et marché une heure supplémentaire, nous atteignons Shade Pullu et rejoignons les trois équidés qui savaient, bien entendu, parfaitement où ils allaient. Là se trouve un camp nomade et une trentaine de yaks installés au pied des pâturages d'été de Shade. Nous sommes conviés à prendre le thé et faisons la connaissance de Tsering Topte, un jeune Zanskari, d'une vingtaine d'années, occupé à préparer du beurre . Celui-ci, sa grand-mère, sa jeune soeur et sa tante nous font goûter le lait de nak (femelle du yak) fraîchement sorti du pis, le yoghourt qui est un délice, le fromage et enfin le beurre, le tout accompagné de chapatis. En échange, nous leur offrons un paquet de gâteaux car ces derniers refusent, encore une fois, d'être payés ! Nous indiquons ensuite à Tsering notre itinéraire que ce dernier nous déconseille vivement d'emprunter, le niveau de l'eau ayant tellement monté que la vallée de Zangla est impratiquable. Nous sommes désépérés par la nouvelle car nous ne voyons aucun autre chemin nous évitant de faire marche arrière, mais il nous explique qu'il existe un autre col (Chrekechen La) permettant de rejoindre la vallée de Padum. Bien que l'itinéraire ne soit pas indiqué sur la carte, je parviens rapidement à identifier ce dernier grâce à ses explications. Nous décidons donc de tenter le coup.
Le lendemain, nous effectuons l'ascension des 700e m de dénivelés qui nous séparent du Pandang La (5150m) où nous arrivons vers 11h30 sous un ciel menaçant qui ne présage rien de bon. Inquiets, nous pressons le pas et empruntons un vallon partant vers l'ouest où nous progressons sur des névés jusqu'à un nouveau petit col. De là, une sente part en traversée, toujours vers l'ouest, pour pénétrer dans un nouveau vallon et s'élever sur un pierrier jusqu'au Chrekechen La (5500m) que nous atteignons vers 13h30. Le chemin se divise alors en deux. Le premier qui part vers l'ouest et descend par une petite cheminée qu'il convient de désescalader est bordé d'un énorme cairn. Le second, peu marqué, démarre par une traversée au-dessus de barres rocheuses vertigineuses où tout faux pas est interdit. Le tonnerre se fait toujours entendre au loin mais le ciel se dégage et il semble que nous ayons évité le pire. Rassurés, nous décidons finalement de nous encorder et d'emprunter le premier itinéraire. La progression est difficile du fait des gros sacs et, alors que nous pensons en avoir terminé avec l'escalade, nous découvrons qu'il nous faut encore franchir deux petites vires. Nous atteindrons lefond du vallon vers 16h30 après une traversée de pierriers interminables. Quelques instants de repos et nous plantons la tente puis faisons notre toilette dans le torrent voisin. C'est alors que nous avons l'agréable surprise de voir surgir de nulle part deux muletiers qui nous regardent l'air stupéfait. Après nous avoir fait raconter les circonstances qui nous ont conduit sur un itinéraire aussi peu fréquenté, ces derniers nous expliquent que, de leur côté, ils font route vers Shade Pullu avec du ravitaillement afin de prendre leur tour de garde et vont emprunter le second itinéraire (celui que nous avions délaissé), car bien que risqué, celui-ci est le seul praticable par les mules. Ils nous saluent ensuite et s'éloignent en nous criant qu'ils vont poser le campement un peu plus haut. Mais 1/2 heure plus tard, alors que nous sommes en train de cuisiner, nous voyons revenir nos deux voisins avec, à la main, une bouteille de tchang maison !!! Nous sortons alors deux paquets de nouilles chinoises que nous jetons dans une gamelle (ce qui semble les ravir !) et nous voila partis pour un apéro à 4500m. Mais, bien que leur tchang soit excellent, je me montre beaucoup plus raisonnable que lors de ma douloureuse expérience tibétaine et, au terme d'une discussion fort animée, chacun regagne son abri.
Lorsque nous quittons le camp, les deux zanskaris sont également sur le départ. Nous les saluons par de grands gestes puis attaquons la descente. Celle-ci suit le cours du torrent dans une gorge d'abord très étroite dominée par des parois impressionnantes puis s'élargit progressivement. Nous cheminons sur un large pierrier où serpente le torrent, nous obligeant à effectuer de nombreuses traversées à gué. La progression est lente et monotone et lorsque la vallée finit par s'ouvrir à l'ouest et que nous entendons un grondement sourd, c'est le bonheur. Après 9 jours, nous retrouvons le fleuve Zanskar et la vallée de Padum où nous allons pouvoir nous ravitailler et prendre un jour de repos. Nous avons effectué la moitié de notre parcours ! Vers midi, nous atteignons Tsazar petit îlot de verdure sur la rive est du Zanskar. Nous nous y restaurons en faisant un sort à ce qui reste de nos provisions avant de repartir pour deux heures de marche sous un soleil de plomb le long de la route qui même à Zangla. A l'exception de la gompa qui le domine, Zangla est un village sans charme offrant des possibilités de ravitaillement très limitées ce qui n'arrange pas nos affaires. Heureusement, un habitant à qui nous demandons où trouver un toit pour la nuit nous oriente vers le monastère de nonnes à la sortie du village. Alors que nous nous approchons de ce dernier, nous passons devant une petite maison isolée et entendons un appel. Nous levons la tête et appercevons un moine qui nous fait signe d'entrer. Nous acceptons et, aprés nous être déchaussés, le suivons dans la pièce principale qui, à notre grande surprise, est extrêment confortable avec ses banquettes, ses tapis et ses étagères chargées d'ouvrages bouddhistes. Il nous offre thé et biscuits puis s'assoit et commence à nous expliquer qu'il effectue une retraite ici mais vient, en fait ,de l'un des plus grands monastères indiens (ou séjournent 4000 moines) lorsqu'il se lève brusquement pour ouvrir la fenêtre et s'y accoude pour continuer son récit. Il ne nous faut pas longtemps pour comprendre d'où vient la gêne : après 9 jours de marche, nos chaussettes constituent des armes bactériologiques d'une efficacité redoutable ! Nous nous en excusons, ce qui nous vaut une bonne rigolade, puis discutons un moment des conditions de vie des moines au Zanskar avant de nous rendre au monastère voisin où nous sommes accueillis par deux nonnes qui nous proposent de loger dans la salle de classe et de patager leur repas, ce que nous acceptons avec grand plaisir. Nous allons vivre dans ce lieu l'un des plus beaux moments de notre voyage...