Alors que nous redescendons du camp de base, nous voyons la couche nuageuse remonter dans la vallee. Nous
pressons le pas, mais nous sommes encore a une heure de Kangbachen lorsque de gros flocons commencent a tomber. Nous nous preparons donc a contre-coeur a monter les tentes sous la neige et
discutons la possibilite d'ouvrir une cabane, afin de pouvoir faire du feu a l'abri lorsque nous atteignons le chorten qui domine Kangbachen. A ce moment, Sandrine nous fait observer que de la
fumee semble s'echapper de l'un des abris. Pema, tout excite, nous explique qu'il s'agit probablement d'un habitant de Ghunsa venu recuperer ses yaks et qu'il pourra surement nous heberger pour
la nuit. Lorsque nous atteignons la cabane, nous rencontrons en fait des porteurs qui attendent un guide accompagne de deux hollandais. Par manque de place, ils ne peuvent partager leur logement
avec nous et nous indiquent une autre habitation a quelques metres de la. Decidement, pour un village qui devait etre desert, il y a foule... Mais, une fois n'est pas coutume, cela n'est pas
pour nous deplaire puisque nous y rencontrons un couple de tibetains adorables qui, pour un prix plus que raisonnable, nous proposent non seulement un lit mais egalement le repas. Cela nous
remplit tous de joie d'autant que notre ami porteur n'avait pas juge necessaire, pour quatre jours d'autonomie, de se charger de plus de trois paquets de nouilles chinoises et se servait
allegrement dans nos reserves, nous obligeant a nous serrer la ceinture. Sans parler de la vaisselle qui lui avait paru totalement superflue et qu'il avait soi-disant oubliee alors que je
lui avais bien precise, juste avant de partir, de se munir d'une tasse pour le the et d'une cuillere. Bref. nous etions a la limite du boycott et cette bonne surprise tombait a point. Apres nous
etre rechauffes avec un bon the tibetain, notre hotesse nous offre gracieusement une excellente tukpa et nous propose egalement de l'accompagner de viande de yak sechee. J'hesite mais l'appel de
l'estomac etant le plus fort, je ne me fais pas prier longtemps. Je manque de me trouver mal deux minutes plus tard, quand le mari revient avec un bon morceau de yak ressemblant a des
cotes, qui degage une odeur nauseabonde, et dans lequel il coupe de petits morceaux qu'il jette allegrement dans la poele. Contre toute attente, le resultat est bon, quoique un peu fort. Il est
pourtant heureux que j'aie deja fini mon assiette lorsqu'il nous explique la raison de leur presence ce jour-la. Sa femme et lui sont venus recuperer de la viande qu'ils avaient mise la a secher.
Je decouvre bientot l'origine de l'odeur desagreable que nous avions sentie en entrant chez nos bienfaiteurs. Dans un coin sombre de la piece se trouve un amoncellement de morceaux de yak d'1m80
de haut environ, poses sur un simple tapis en train de secher ou plutot de...faisander !! Apres un bon dhal bhat, nous nous installons pour la nuit sur les banquettes disposees autour de la
piece. Je me reveille quelques heures plus tard sous l'effet d'une envie pressante et en allumant ma frontale, je decouvre avec etonnement une couche de neige d'un centimetre sur mon sac de
couchage. Je constate qu'au dessus de moi se trouve un joli trou dans la toiture qui est, globalement, dans un etat deplorable. Ne me sentant pas vraiment de monter la-haut pour faire des
travaux de couverture, il me faut me resigner a sortir de nouveau ma doudoune pour couvrir mon sac, bourrer le fond avec des vetements polaires et enfin recouvrir le tout de mon poncho.
Decidement, j'ai le chic pour choisir mes emplacements pour dormir !
Le lendemain, 15 bons centimetres de neige ont couvert le village et un grand soleil brille, ce qui, avec la vue somptueuse sur le Jannu et ses voisins, donne au site un
aspect feerique. Apres un bon petit-dejeuner, nous enfilons les guetres et attaquons la descente vers Ghunsa. Pas de soucis pour Sandrine qui, apres ses deboires du Larkya La, a investi, sur mes
conseils, dans une paire de demi-crampons alu et gambade comme un cabri ! Pas de soucis pour moi non plus grace aux bonnes semelles de mes Meindl. En revanche, nous avons du mal a ne pas ceder au
fou-rire en voyant le pauvre Pema, qui semble peu habitue a la neige et n'est pas vraiment aide par ses chaussures, prendre un vol tous les 20m ! (dont un backside en planche, jambes
tendues dans le plus pur style Candeloro, comme dirait Nelson...). Nous atteignons Ghunsa vers 12h30 ou nous dejeunons chez les Nepalais qui nous avaient loges a la montee, puis reprenons la
route en empruntant une nouvelle vallee ou coule la Ghunsa Khola. Une heure plus tard, nous arrivons a Phale. La se
trouvent plusieurs lodges mais qui, une fois de plus, sont fermees en cette saison. Une jeune femme nous en indique une a la sortie du village et ses occupants nous y accueillent avec
plaisir pour un prix tres raisonnable. Nous nous installons pres du feu dans la piece centrale pour boire un tchya. Cette derniere est superbement decoree et possede de vraies fenetres. Nous
sommes combles lorsque nous apprenons que c'est la que nous allons passer la nuit. Alors que l'heure du repas approche, la piece se remplit et nous nous retrouvons bientot a 11 autour du feu. En
plus de nos hotes, de leurs trois enfants et du grand-pere, une tante et son fils vont egalement partager le repas avec nous. Notre hotesse nous explique qu'qujourd'hui est jour de fete pour les
tibetains (j'ai oublie de dire qu'il s'agissait d'une famille tibetaine...) mais nous ne comprenons pas pour quelle occasion. Nous demandons donc plus de renseignements a Pema qui nous dit qu'il
s'agit du Nouvel An tibetain mais qu'il ne peut pas nous donner plus de renseignements sur les festivites car son interlocutrice ne parle que peu le nepalais. Sans etre des specialistes de la
culture tibetaine, nous sommes toutefois a peu pres sur que notre compere n'a rien compris et qu'il ne s'agit pas du nouvel an. Quoiqu'il en soit, le village est illumine des bougies que ses
habitants ont disposees devant leurs maisons et c'est vraiment tres beau ! Nous apprendrons par la suite qu'il s'agit en fait de la fete des lumieres...Apres avoir partage un joyeux repas avec
cette famille fort sympathique, la maitresse de maison et sa soeur commencent a entonner des chants tibetains. Ces dernieres possedant une tres belle voix, nous resterons un bon moment a les
ecouter en revant mais, apres quelques chansons, elles decident de nous faire participer et nous demandent d'interpreter des chansons traditionnelles. Si les deux nuits precedentes passees a me
geler n'avaient pas laisse de traces, je me serais lance avec plaisir dans une interpretation du "Petit Bonhomme en mousse" dont j'ai le secret mais, fort heureusement, mon extinction de voix et
mes eternuements me donnerent une bonne excuse pour y echapper. Quant a la pauvre Sandrine, ne sachant que chanter, elle se retrouvera bientot a danser avec toute la famille sur de la musique
traiditonnelle tibetaine remixee sur des rythmes du type "annees 80". Je vous laisse imaginer le resultat... La fin de soiree fut, en tous cas, vraiment hilarante meme si nous avons ressenti
un certain malaise vis-a-vis de la benjamine de nos hotes (6 ans) qui abusait du tchang et ne tarda pas a avoir du mal a tenir debout. Lorsque nous fimes la remarque a Pema, le
lendemain, cela ne sembla pas l'avoir interpelle plus que ca et il nous expliqua que c'etait une pratique courante pour lutter contre le froid ( a verifier, vu le nombre de couleuvres qu'il nous
a fait avaler...).
Le lendemain matin, nous retrouvons la foret semi-tropicale et, apres nous etre restaures dans une maison isolee construite autour d'une petite grotte taillee dans la roche et
surplombant un pont qui restera dans les annales (cf. Photo) et que nous n'aurons heureusement pas a emprunter, nous atteignons Amjilassa ( 2430m). Il s'agit d'un joli hameau d'une dizaine
de maisons perche a flanc de montagne et le lodge qui se trouve a l'entree de ce dernier possede une sorte de terrasse naturelle bien ensoleillee sur laquelle a ete ameangee une petite fontaine.
Il ne nous en faudra pas plus pour nous decider a faire etape la.
Le lendemain, nous atteignons le joli village de Chirwa au terme d'une journee passee en grande partie a suivre le cours de la Ghunsa Khola, puis de la Tamur Khola, a
travers une vallee encaissee n'offrant pas de vue. Ce village agreable est une etape incontournable pour de nombreux porteurs et possede un grand lodge dont le prix est par consequent
derisoire. Comble du luxe, cette derniere est equipee de "vrais" lits individuels. Apres 15 jours, quel plaisir de retrouver un peu de confort.
Le lendemain, nous rejoignons Taplejung en 8h. Apres avoir dejeune a Mitlung, en bordure de la Tamur Khola, nous effectuons une longue montee de 3h30 durant laquelle nous traversons
de jolis petits villages et qui nous conduit au terme de notre balade autour du 3eme plus haut sommet du monde. Nous retournons donc dans le lodge ou nous avions laisse le reste de nos bagages
afin d'y passer la nuit. Pas question toutefois de rever d'une grasse matinee puisque notre bus quitte Taplejung le lendemain matin a 4h pour Birdamot ou nous devons quitter Pema qui rentre a
Kathmandu. De notre cote, nous devons passer la frontiere nepalo-indienne pour rejoindre Darjeeling puis le Sikkim, cadre de notre dernier trek himalayen.
Vendredi 14 décembre 2007
5
14
/12
/2007
08:56
2