Lundi 9 aout, au petit matin, nous quittons Rubot et l agreable maison de nina apres avoir fait provision de son delicieux pain. Nous traversons la Shakhdara via le pont situe a l
ouest du village et remontons cette derniere vers l est en direction de Deruj. Apres 1h30 de marche, nous bifurquons vers le nord pour rejoindre la Dusakhdara sur sa rive droite. La chaleur est
deja etouffante malgre le vent qui souffle aujourd hui encore. Nous progressons sur le piemont de la chaine du Shugnan dans un paysage desertique rappelant les decors de steppe du Pamir Est ou
seuls subsistent quelques arbustes rabougris. La vue derriere nous se degage, nous offrant un magnifique panorama sur la chaine de Shakhdara, les imposantes masses du Pic Karl Marx et Engels ainsi
que les pentes enneigees du Col Vrang que nous avons franchi deux jours auparavant. Vers midi, nous rejoignons les berges verdoyantes de la Dusakhdara a l endroit ou cette derniere fait un virage
vers le nord-est. Nous faisons la notre pause dejeuner a l abri du soleil dans une petite Letiovka deserte. Nous passons ensuite l apres-midi a suivre la riviere et atteignons vers 15h un plateau
(3950m) situe a l intersection avec une vallee s ouvrant a l est sur le lac Turumtai que nous ne pourrons apercevoir, ce dernier etant masque par un petit col. Un sommet voisin situe a l est du
plateau aurait permis de profiter de la vue sur le lac au terme d une ascension de 500m mais il est deja tard et nous ne voulons pas laisser notre materiel sans surveillance. Nous montons donc la
tente et decidons de profiter de la fin d apres-midi pour faire une petite lessive et lire au soleil. Malheureusement, les premiers rayons de ce dernier sont bien vite masques par les sommets
voisins et il nous faut rapidement nous mettre a l abri.
L ascension des 400 derniers metres menant au col, le lendemain, est de nouveau longue et monotone du fait de la succession des traversees de plateaux si caracteristiques du Pamir.
Nous y croisons quelques Yaks bien trop occupes a se remplir la panse sur les paturages bordant la riviere pour faire attention a nous. Vers midi nous atteignons le col qui n est autre qu un
plateau boueux. Nous debouchons sur la vallee de Dusakhdara encadree de parois s elevant a plus de 5000 metres et dont les meandres nous masquent la chaine du Rushan. En debut d apres-midi nous
passons sous une letiovka d ou les habitants nous font de grands signes nous invitant a venir prendre le the mais nous declinons l invitation car la traversee des Aylacks est interminable, le vent
incessant et nous voulons absolument rejoindre Shadzud le lendemain. Finalement, vers 16h, la vallee s ouvre devant nous devoilant une magnifique vue sur la chaine du Rushan dominant un beau lac
forme par la Dusakhdara une centaine de metres en contrebas. Celui-ci n etait pas decrit sur les cartes militaires Russes. Quelques minutes plus tard, nous atteignons un petit plateau domine par
une letiovka deserte ou un ruisseau, dans ses meandres, a forme de petites mares donnant a l endroit un caractere lacustre tres agreable. Nous nous y installons mais, une fois encore, le vent nous
oblige a diner en vitesse pour nous mettre a l abri.
Le lendemain, deux chemins indiques sur la carte s offrent a nous pour rejoindre la vallee, bordant la dusakhdara sur chacune de ses rives. Celui situe sur la rive droite ou nous nous
trouvons semblant avoir ete emporte par la riviere, nous traversons a gue sans trop de difficulte pour rejoindre le second. Mais bien vite, celui-ci s eleve pour dominer des barres rocheuses de
plusieurs centaines de metres alors que sur la rive opposee le chemin, de nouveau bien marque, semble suivre naturellement le cours d eau. Nous decidons donc de traverser a nouveau la riviere mais
le courant est tres fort et il nous faut, cette fois, nous aider de la corde. Apres cette seance thalasso, la vallee se reduit pour devenir une gorge que le chemin surplombe d une cinquantaine de
metres. Ce dernier est parfois tres aerien et par endroits inexistant sur des portions exposees, emporte par des glissements de terrain, ce qui, avec un sac de 20 kg sur le dos, donne a la fin de
la descente un caractere sportif. Vers midi nous atteignons le village de Dusakhdara ou nous sommes invites comme il se doit a prendre le the et le kefir par une famille Pamiri dont la jeune fille
qui fait ses etudes a Dushanbe parle un anglais remarquable. Cela fait du bien de tenir une veritable discussion avec un local sans avoir a sortir notre petit dictionnaire franco-russe toutes les
30 secondes. Nous quittons le village vers 13h et suivons la M41 pour rejoindre Shadzud ou nous sommes accueillis dans la superbe maison de Karim, un pamiri de 60 ans au look de cowboy, qui vit
entoure ses 4 filles. Nous passons la soiree a discuter avec lui en regardant une chaine Russe qu il semble affectionner tout particulierement. Cette derniere diffuse en continu des
pseudo-gags desolants ou des nanas passent leur temps a pieger des pauvres types en leur montrant leurs seins dans les endroits les plus improbables. Sitot l heure du repas arrive, notre hote
disparait et revient avec des bonbons et une bouteille qu il cache sous sa veste puis immediatement au fond d un meuble. Alors que je m arreterai a un verre de ce tord-boyaux, il passera le reste
de la soiree a picoler en cachette de ses filles qui ne semblent pas dupes. A 22h la bouteille est pliee, tout le monde au lit !
Jeudi 27 août 2009
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