Partager l'article ! Joyeux Noel du Kang Yatze: Mardi apres-midi vers les 15 heures, nous retrouvons le boss de l'agence "Glaciar-N-Trek", avec qui ...
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Mardi apres-midi vers les 15 heures, nous retrouvons le boss de l'agence "Glaciar-N-Trek", avec qui nous avons organise l'ascension du Kang Yatze, pour un cafe. Ce dernier revient a
nouveau sur le fait que nous voulons continuer seuls le trek apres l'ascension (business is business !) en nous expliquant qu'il est tres difficile de porter un tel poids a cette altitude. Nous
avons beau lui expliquer que cela fait un mois que nous nous deplacons de cette facon et que nous avons deja passe un col a plus de 5500 m d'altitude, rien n'y fait... Nous voyons bien qu'il nous
prend pour de gros mythos. Nous mettons donc fin a la conversation et ce dernier nous conduit a la jeep, ou nous retrouvons notre guide. Je fais un check rapide du materiel et la, c'est la
desolation : un seul piolet pour deux, une corde de 50 m, qui semble avoir ete le dernier repas d'une famille de rongeurs, et deux paires de crampons a lanieres dont je ne me risquerais pas a
donner l'age sans une datation prealable au carbone 14. Je demande alors en souriant au guide (un jeune nepalais de 23 ans appele Amit), qui de nous deux prend le piolet. Il me repond que si j'ai
des batons telescopiques, tout va bien. Me voila rassure... Heureusement, j'avais prevu le coup et emporte une corde neuve de 20 m, deux sangles et quelques mousquetons. Nous partons donc visiter
le superbe monastere de Hemis (la plus grande Gompa du Ladakh), apres quoi nous rejoignons Shang Sumdo, point de depart de notre trek, avec comme musique de fond dans la jeep une vieille cassette
des annees 80.
Le lendemain matin, le muletier nous a rejoints et nous attaquons la montee vers le camp de base du Konmaru La (4800m). J'essaie tant bien que mal de lancer la conversation avec notre jeune guide qui, comme la plupart de ses homologues des agences locales, ne semble pas connaitre grand chose a la faune et a la flore. Ce dernier n'est, de plus, pas tres causant et semble preferer marcher seul en tete. Sans les gros sacs, nous atteignons rapidement le camp de Chukirmo ou travaillent deux jeunes adolescentes ladakhis adorables, qui alternent entre leur travail de serveuse et les travaux des champs dans le village voisin. Apres avoir grignote un peu, nous nous remettons en route et atteignons bientot le camp du Konmaru La, 300m sous le col du meme nom. Nous montons la tente et le muletier nous invite ensuite sous la sienne a prendre un the. Nous acceptons et lui offrons en echange des gateaux et du chocolat, ce qu'il semble fort apprecier. Apres la degustation d'un tchae (the au lait et epices), d'un the au beurre sale et d'un peu de tsampa (farine a base d'orge), l'ambiance est detendue et notre hote decide de nous faire ecouter un peu de musique. Malheureusement, malgre son acharnement, il ne parviendra pas a capter la radio locale. Devant sa deception et apres un moment d'hesitation (par crainte du choc culturel), je lui explique que j'ai un lecteur MP3 equipe d'un haut-parleur et que nous pouvons ecouter un peu de musique. Alors que ce dernier me dit apprecier les morceaux ecoutes, notre guide inspecte l'appareil et me demande s'il s'agit d'un appareil de fabrication chinoise. Je lui dis que non, mais ajoute qu'il existe probablement des modeles equivalents en Chine. Celui-ci se lance alors dans une tirade sur les copies chinoises et en arrive bientot a perdre son calme. Nous comprenons bien vite que son agressivite vis-a-vis des chinois depasse largement le cadre du materiel electronique. J'acquiesce, et pour detendre l'atmosphere, lui lance en rigolant une petite vanne sur la copie des vetements techniques de montagne par les Nepalais. Mais cette derniere n'a pas l'effet escompte et nous comprenons qu'il est preferable de s'eclipser. Nous remercions notre hote (qui lui n'avait pas l'air d'etre le moins du monde gene par la conversation) et regagnons nos quartiers.
Le lendemain, le temps est tres nuageux et a mesure que nous gravissons les 300m de deniveles qui nous separent du Konmaru La, le vent se leve et nous decouvrons des traces de neige fraiche. Le passage atteint, nous apercevons la vallee de Nimaling ou trone majestueusement le Kang Yatze dont la face nord est impressionnante. Apres quelques photos, nous attaquons la descente vers le camp que nous atteignons une heure plus tard apres que notre guide s'est arrete dans un camp de nomades pour se faire remplir une bouteille d'un liquide jaunatre ressemblant a du petit lait. Nous comprendrons vite, installes dans l'une des tentes-restaurants du camp, et lorsque celui-ci nous servira deux verres bien remplis qu'il s'agit de tchang, cet alccol a base d'orge fermente a mi-chemin entre le cidre et la biere. Ce breuvage s'averera plutot bon, contrairement a ce que son aspect pouvait laisser penser. Apres avoir avale notre repas, nous reprenons notre route, et 1h30 plus tard, arrivons au camp de base du Kang Yatze. Nous plantons la tente au bord d un ruisseau sur un plateau situe a 5100m au pied de mon objectif, Sandrine ayant atteint le sien ! Un peu plus tard, le guide vient me voir et me dit qu il va se coucher, en ajoutant que le lever est prevu pour 1h30 cette nuit. Je lui suggere alors de verifier le materiel et lui demande ou se trouvent les baudriers, mais il me retorque qu il n en a pas pris. Desespere, je sors alors mes deux sangles et je vois ses yeux s eclairer lorsqu il decouvre ma corde de 20m. Il propose immediatement de prendre celle-ci plutot que de se trimballer inutilement sa corde de 50m, ce que j accepte sans hesiter vu l etat de son antiquite. Il est 17h, nous nous couchons. Lorsque sonnent les 1h30 du matin, je m extirpe tant bien que mal de mon sac de couchage, puis de la tente, et la, c est la surprise autant que la consternation. En effet, il neige a gros flacons et on ne voit pas a plus de 10m. Apres avoir passé 5 bonnes minutes a tenter de reveiller mon collegue, ce dernier daigne enfin me repondre. Je lui explique alors la situation et lui dis que l ascension me semble compromise et que nous devrions la remettre au lendemain. Sans meme mettre le nez dehors, celui-ci me repond "OK ! Good Night !" et replonge dans son duvet. Reste sans voix devant tant de professionnalisme, je l imite bientot.
Le lendemain matin, il s avere que la decision prise etait la bonne. En effet, non seulement le brouillard ne s est pas leve, mais il est tombe 10 a 15 cm de neige pendant la nuit. Nous passons la matinee a esperer une eclaircie qui viendra finalement sur le coup des 10 heures. : malheureusement, une petite marche et une expertise du glacier rendue possible par cette derniere mettront fin a tout espoir d ascension.
Nous demontons donc le camp et disons au-revoir a notre guide après lui avoir explique comment fixer son equipement sur son sac-a-dos car, les mules nous ayant quittes
la veille, ce dernier s appretait a partir pour 6 heures de marche le piolet dans une main, la tente dans l autre. Quel charlot !
Cette petite ballade m aura tout de meme appris une chose. Non seulement l acces a l epaule ouest du Kang Yatse ne presente vraiment aucune difficulte mais je suis
persuade que, bien qu aerienne, et a l exception des 50 derniers metres necessitant eventuellement la pose d un relais, le sommet principal est largement accessible. Avis a Pierrot et
Yann?
Alors que le brouillard est de retour, nous decidons de redescendre a Nimaling et de rentrer par le meme chemin qu a l aller pour plus de prudence. Les chutes de neige et le vent reprenant de plus belle nous obligeront a y passer finalement l apres-midi, puis la nuit. Nous y ferons la connaissance d un couple d espagnols adorables (Elena y Nacho) du Val d Aran avec qui nous noirons notre chagrin dans la biere !
Un peu plus tard, nous voyons debarquer un jeune couple en jean, frigorifies. Il s agissait de deux jeunes parisiens du XVIe (mais rien a voir avec les autres parisiens rencontres auparavant, on les rassure ! et je precise que je n ai rien contre le XVIeme... ;-) ). Lui avait reussi a trainer sa copine faire du trekking au Ladakh, mais cette derniere n ayant jamais marche en montagne, elle avait obtenu de faire l integralite du parcours... a dos de poney ! Malheureusement, cette pauvre bete n etait pas de premiere fraicheur et n avancait pas assez vite au gout du guide qui passait sa journee a le frapper pour le faire avancer. Le resultat ne s est pas fait attendre. Le lendemain, nous croisons nos deux jeunes parisiens en haut du Konmaru La... a pieds ! Le poney etait mort durant la nuit et, au prix d un effort dont elle se croyait incapable, sa cavaliere avait tout de meme reussi a gravir les 400m de deniveles par ses propres moyens. La cerise sur le gateau, c est que, de retour a Leh, notre jockey s est faite rembourser la location de feu sa monture par l agence !
Le mauvais temps, qui semble s etre installe pour de bon, nous a decides a quitter Leh pour rejoindre Delhi. Nous prenons une jeep cette nuit en direction de Manali : 18 heures de route en prevision. Nous deciderons, une fois la-bas, de la suite de notre sejour : Pushkar, Agra, Varanasi vraisemblablement, puis le Nepal, histoire de recharger un peu les batteries de Sandrine qui se sont un peu videes au fil de ces longues journees de marche...